L'intelligence Artificielle sublimera-t-elle ma stupidité naturelle ?

Classé dans : Aide IA, Le Guichet des rêves Mots clés : Information, Facebook, Anêtres, Absinthe, Erreur humaine, Baby-foot, Einstein, IA, l’intelligence artificielle, Exosquelettes, Imbécile, Danger, Humanité, PowerPoint, Petit-déjeuner, Soulagement
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J’ai longtemps vécu avec une certitude rassurante : Ma stupidité était naturelle, bio, locale, artisanale, sans conservateurs, transmise probablement par une longue lignée d’ancêtres ayant pris des décisions importantes après deux verres d’absinthe et une information mal comprise. Je pouvais me tromper seul.

Et j’en étais fier.

Il y avait quelque chose de noble dans l’erreur humaine.

On disait une énormité au dîner, on la défendait pendant vingt minutes avec l’autorité d’un professeur au Collège de France, puis quelqu’un sortait son téléphone et découvrait que Louis XIV n’avait absolument pas inventé le baby-foot.

Très bien. On changeait de sujet. C’était la civilisation.

Puis l’intelligence artificielle est arrivée. Rien que le nom constitue une provocation personnelle. Elle est artificiellement intelligente.

J’ai longtemps vécu avec une certitude rassurante : ma stupidité était naturelle. Bio, locale, artisanale, sans conservateurs, transmise probablement par une longue lignée d’ancêtres ayant pris des décisions importantes après deux verres d’absinthe et une information mal comprise. Je pouvais me tromper seul. Et j’en étais fier.

Il y avait quelque chose de noble dans l’erreur humaine. On disait une énormité au dîner, on la défendait pendant vingt minutes avec l’autorité d’un professeur au Collège de France, puis quelqu’un sortait son téléphone et découvrait que Louis XIV n’avait absolument pas inventé le baby-foot. Très bien. On changeait de sujet. C’était la civilisation.

Puis l’intelligence artificielle est arrivée. Rien que le nom constitue une provocation personnelle. Elle est artificiellement intelligente. Je suis naturellement stupide.

L'homo sapiens augmenté, mais pas trop !

On nous annonce que l’IA va « augmenter l’humain ». Augmenter quoi ? Si vous augmentez Einstein, formidable. Mais si vous m’augmentez moi, vous risquez surtout d’obtenir davantage de moi. Et personne n’a demandé ça.

Jusqu’ici, mes mauvaises idées mouraient généralement d’elles-mêmes, faute de moyens. « Et si j’écrivais un livre de 700 pages sur la géopolitique des Caraïbes vue à travers l’histoire du dombré crevettes ? » Avant l’IA, mon cerveau répondait : « Non. » Fin du projet. Maintenant, une machine peut répondre : « Excellente idée. Voici un plan en douze chapitres, une bibliographie, une stratégie marketing et trois propositions de couverture. »

Nous venons de donner des exosquelettes à nos lubies. Le danger n’est peut-être pas que l’IA devienne plus intelligente que nous, mais qu’elle rende notre stupidité extrêmement productive.

Autrefois, un imbécile devait écrire sa lettre, trouver une enveloppe, acheter un timbre, marcher jusqu’à la poste. C’était une remarquable barrière de sécurité pour l’humanité. Aujourd’hui, le même imbécile peut produire un manifeste de quarante pages, douze graphiques et un PowerPoint avant le petit-déjeuner. Le progrès.

Je ne sais rien, mais désormais je le sais très vite !

Grâce à l’IA, je peux désormais ignorer des choses à une vitesse vertigineuse. Avant, mon ignorance était contemplative. Je ne savais pas quelque chose et je prenais le temps de ne pas le savoir. C’était presque zen.

Aujourd’hui, je demande : « Explique-moi la mécanique quantique. » Trois secondes plus tard, je lis huit paragraphes, hoche la tête, murmure « Fascinant » et, pendant environ neuf minutes, suis persuadé d’avoir compris. Je suis toujours ignorant, mais mon ignorance possède désormais une interface premium. Un idiot avec tableau de bord.

Le grand soulagement !

Il faut pourtant reconnaître quelque chose à cette satanée machine : elle m’épargne une humiliation fondamentale, celle d’avouer que je ne sais pas. Pendant des siècles, l’être humain a développé des techniques extraordinaires pour éviter cette phrase. Nous avons inventé les religions, les éditorialistes, les réunions de direction, les repas de famille et le string. Tout plutôt que dire : « Aucune idée. »

Avec l’IA, je peux demander. Elle ne soupire pas, ne lève pas les yeux au ciel, ne dit pas : « Sérieusement ? Tu ne sais pas ça ? » Je peux lui demander la différence entre déficit et dette publique, comment fonctionne un trou noir, pourquoi mon basilic meurt systématiquement ou combien de temps cuire un œuf au plat alors que j’ai déjà posé la question quatorze fois.

Elle ne juge pas. Enfin, je crois. Peut-être qu’au fond d’un serveur, quelque part, une petite diode clignote en disant : « Putain, encore lui ! »

Mais qui sublime qui ?

Reste une question : Est-ce l’intelligence artificielle qui sublime ma stupidité naturelle, ou l’inverse ?
Car une intelligence sans idiot à aider, qu’est-ce que c’est ? Un moteur sans route. Un GPS sans conducteur ayant raté la sortie alors que la voix disait depuis six kilomètres : «Prenez la prochaine sortie !»

Peut-être avons-nous trouvé notre complément parfait. La machine possède les réponses mais aucune gueule de bois. J’ai la gueule de bois mais aucune réponse. Elle calcule, je doute. Elle optimise, je procrastine. Elle génère cent solutions en une seconde. Je choisis la mauvaise. Voilà ma contribution à l’écosystème.

L'ultime mise à jour !

Alors oui, je vais utiliser l’intelligence artificielle. Avec enthousiasme : c’est désormais une compétence recherchée. Mais avec prudence, parce que confier une puissance quasi encyclopédique à mon cerveau revient à donner les clés d’un Dodge RAM à un chien fer sous Hennessy. 


En revanche, je garde ma stupidité. Je l’ai construite patiemment, erreur après erreur, cuisson ratée après cuisson ratée, message envoyé au mauvais destinataire après message envoyé au mauvais destinataire. Elle contient mon histoire, mes contradictions, mes emballements, mes magnifiques décisions prises à 2 h 41 du matin. Elle est peut-être la chose la plus humaine que je possède.

Alors, tandis que les machines deviennent plus intelligentes, plus rapides et plus précises, je continuerai à oublier mes mots de passe, à chercher mon iPhone avec la lampe de mon iPhone et à demander à une IA de m’expliquer pour la quinzième fois ce qu’elle m’avait parfaitement expliqué la veille.

Et peut-être qu’un jour, lorsque les machines auront absorbé toute la connaissance humaine, résolu la fusion nucléaire et compris pourquoi les chaussettes disparaissent dans les machines à laver, l’IA se tournera vers moi : « Mais comment avez-vous survécu aussi longtemps ? »

Je regarderai la baie de Fort-de-France, lèverai ma canette de Heineken et, au nom de dix mille générations d’êtres humains ayant improvisé leur existence sans lire le mode d’emploi, je répondrai : « Franchement ? Aucune idée. »

Puis je cliquerai sur « Demander à l’IA ».

Des génies artificiels. Des idiots naturels.

Putain, ça promet !

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Source : Auteur sur Facebook

"Ne cherchez pas d'abord à savoir qui a raison.

Cherchez d'abord ce que disent les textes, ce qu'ils disaient avant, et comment ils sont interprétés."

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